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Fumer "light" :
un piège
Les cigarettes légères
sont dangereuses. Une étude suisse, qui fait déjà
référence, a récemment démontré leur
nocivité. A l'heure où les avocats des fabricants américains
de cigarettes cherchent un arrangement financier avec les victimes de la
fumée, le front antitabac continue de gagner du terrain.
Une étude romande, publiée
en mars dans la revue américaine Cancer, vient de mettre fin à
un mythe. Celui des cigarettes dites "légères". Non seulement
elles ne sont pas moins nocives, mais elles induisent une autre sorte de
cancer des poumons (adénocarcinome) au pronostic tout aussi défavorable.
Réalisée dans les
cantons de Vaud et Neuchâtel, l'enquête révèle
qu'entre 1974 et 1994, le nombre des adénocarcinomes a été
multiplié par deux et demi chez les jeunes adultes des deux sexes.
Autre chiffre inquiétant:
entre 1990 et 1994, ce cancer, qui atteint les petites bronches, a été
trois fois plus fréquent que celui affectant les grosses bronches
(carcinome épidermoïde).
Selon le professeur Fabio Levi,
auteur de l'étude et directeur des registres neuchâtelois
et vaudois des tumeurs, cette augmentation résulterait pour l'essentiel
"du passage du tabac brun vers le tabac blond et léger".
En parallèle, on a observé,
chez les hommes, une diminution des cancers des grosses bronches dont l'apparition
est directement corrélée à la consommation de cigarettes
fortes. Ce cancer continue de progresser chez les femmes, moins vite toutefois
que l'adénocarcinome.
Depuis la fin de la Seconde Guerre
mondiale, les filtres ont conquis le marché, tandis que les taux
de goudron et de nicotine ont été divisés par trois.
"Pour satisfaire son besoin de
nicotine, un fumeur de légères tend à consommer plus,
mais aussi à augmenter le nombre et l'intensité de ses bouffées",
explique Fabio Levi. Chose qu'un adepte de "brunes" ou de cigares ne fera
pas, sous peine de martyriser ses poumons...
C'est avant tout la dépendance
pharmacologique à la nicotine qui pousse à inhaler toujours
plus profondément. Ce comportement compensatoire n'est pas sans
danger: il conduit à exposer les alvéoles pulmonaires et
les petites bronches à de fortes quantités de composés
toxiques présents dans la fumée. Avec le risque de favoriser
la formation d'une tumeur maligne de type dénocarcinome dans les
régions périphériques de l'arbre respiratoire.
Les résultats suisses ont
fait grand bruit aux États-Unis, où sévit déjà
une épidémie de ce nouveau type de cancer: entre 1983 et
1987, sa fréquence a augmenté de 87%. Question de marketing,
les Américains ont commencé beaucoup plus tôt que les
Européens à se tourner vers les blondes et les légères.
"Si nous ne faisons rien, nous
devrons faire face à une véritable épidémie
d'adénocarcinome au cours des quinze prochaines années",
prévient Fabio Levi, qui compte beaucoup sur les responsables de
la santé publique pour "intervenir afin d'éviter l'hécatombe".
Avant de réclamer des réparations
pour torts subis, il y a d'autres moyens à essayer, comme la prévention...
Suzy Soumaille
Mises en garde renforcées
Dès le 1er juillet, chaque
paquet de cigarettes devra inscrire, en plus de "Nuit gravement à
la santé", un de ces messages:
"Fumer provoque le cancer"
"Fumer provoque des maladies cardio-vasculaires"
"Femmes enceintes: fumer nuit à la santé de votre enfant"
"Fumer nuit à votre entourage"
Étiquetage
trompeur
Les teneurs en nicotine et en
goudron figurant sur le paquet de cigarettes ne correspondent pas à
la réalité. Leur mesure est effectuée par des machines
et ne tient donc pas compte de la pratique humaine. Pour Fabio Levi, "l'absorption
réelle devrait être testée dans des conditions normales
avant la mise sur le marché".
Une enquête réalisée
aux États-Unis a montré que près de la moitié
des consommateurs de "light" ignoraient que le filtre de leurs cigarettes
était pourvu de pores de ventilation. Lesquels sont largement bouchés
par les doigts du fumeur qui a, en plus, tendance à prendre de grandes
bouffées pour accroître le goût et maintenir son taux
de nicotine... Pour pallier ce manque de transparence, les producteurs
seraient bien inspirés d'indiquer les deux mesures (machine et humaine).
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