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Les femmes et le
tabagisme Aide-mémoire N176 Août 1997
La prochaine vague de l'épidémie
de tabagisme
On ne peut plus dire aujourd'hui
que le tabagisme est essentiellement un problème masculin. De même
que l'épidémie de tabagisme, après avoir touché
les pays développés, s'est étendue depuis une dizaine
d'années aux pays en développement. Les femmes sont de plus
en plus touchées par une catastrophe de santé publique qui
pourrait être évitée. A l'heure actuelle, selon les
estimations de l'OMS, on compte environ 200 millions de fumeuses dans le
monde.
Prévalence du tabagisme
féminin aux niveaux mondial et régional : On estime qu'au
niveau mondial environ 12 % des femmes fument contre 47 % des hommes.
* Dans les pays développés,
près d'un quart des femmes fument, contre 7 % des femmes dans les
pays en développement. Chez les hommes, ces taux sont de 42 et 48
%, respectivement.
* La prévalence du tabagisme
féminin est plus forte dans les anciennes économies socialistes
des pays d'Europe centrale et orientale (28 %), dans les pays à
économie de marché bien établie (23%) et dans les
pays d'Amérique latine et des Caraïbes (21 %).
* Partout ailleurs, moins de 10
% des femmes fument, même si, dans certaines régions, les
femmes préfèrent chiquer le tabac. Cependant, le tabagisme
fait sans doute l'objet d'une sous-notification dans les pays où
il n'est pas acceptable culturellement que les femmes fument.
La prévalence du tabagisme
féminin varie considérablement d'un pays à l'autre.
Elle est évaluée à 25 % ou plus dans 26 pays et 30
% ou plus dans six pays :
* Le pays où le pourcentage
de femmes qui fument est le plus élevé (femmes de 15 ans
et plus) est le Danemark avec 37 %(1993); il est suivi suivi de près
par la Norvège 35,5 % (1994), la République tchèque
31 % (1994) et Fidji 30,6 %, (1988).
* Israël (1989) et la Fédération
de Russie (1993) arrivent au cinquième rang, avec 30 % de fumeuses.
Ils sont suivis par le Canada (1991), les Pays-Bas (1994) et la Pologne
(1993), avec 29 %.
* La Grèce (1994), l'Islande
(1994), l'Irlande (1993) et la Papouasie-Nouvelle-Guinée (1990)
arrivent en bout de la liste des 10 pays où les femmes sont les
plus nombreuses à fumer, avec 28 %.
Conséquences pour la santé
: La consommation de tabac est devenue un danger majeur pour la santé
et le bien-être des femmes et des jeunes filles partout dans le monde.
* Aujourd'hui, la consommation
de tabac est responsable chaque année de trois millions de décès
dans le monde soit environ 6 % de la mortalité totale dont plus
de 500 000 décès féminins.
* Dans plusieurs pays, le cancer
du poumon a dépassé le cancer du sein et est devenu la principale
cause de mortalité par cancer chez la femme. Déjà
au début des années 90, le taux de mortalité par cancer
du poumon chez les femmes des pays industrialisés était de
plus de 300 % supérieur au taux du début des années
50.
* En Inde, où la mastication
de bétel est très répandue chez les femmes, les cancers
de la cavité buccale sont plus répandus chez les femmes que
le cancer du sein.
* Dans pratiquement tous les pays,
les décès féminins dus au tabagisme sont en augmentation.
Si les tendances actuelles se poursuivent, on estime qu'en 2020 la mortalité
doublera et que plus d'un million de femmes mourront chaque année
de causes liées au tabagisme.
* L'épidémie de
tabagisme chez les femmes des pays en développement n'en étant
qu'à ses débuts, ses conséquences pour la santé
n'apparaissent pas encore très clairement.
Des études ont montré
que le tabagisme féminin constituait un problème particulier
pour la santé publique. Car non seulement les fumeuses subissent
toutes les conséquences préjudiciables pour la santé
que subissent les fumeurs, mais elles connaissent en outre des problèmes
spécifiquement féminins.
* Les fumeuses sont exposées
à un risque accru de ménopause prématurée et
à une baisse de fécondité. Le risque de cancer du
col est également accru.
* Le fait de fumer pendant la
grossesse expose également l'enfant à naître à
des risques graves. Le tabagisme a un impact direct sur le poids du nouveau-né
et, par conséquent, sur sa survie. Les enfants nés de mères
qui ont fumé pendant leur grossesse pèsent en moyenne de
200 à 300 grammes de moins que les autres. La croissance foetale
est retardée principalement par le monoxyde de carbone et par la
nicotine contenus dans les cigarettes fumées par la mère.
* Les femmes qui fument à
la maison exposent également leurs enfants aux dangers du tabagisme
passif.
A en juger par les tendances actuelles,
le nombre de fumeuses dans le monde, et plus particulièrement dans
les pays en développement - où vit 80% de la population mondiale
- est inévitablement appelé à augmenter. Un certain
nombre de facteurs contribuent à ce phénomène :
* Dans les pays où l'on
dispose de données fiables pour évaluer les tendances, celles-ci
montrent que l'épidémie de tabagisme chez les hommes est
généralement suivie, avec un décalage de quelques
années, d'une épidémie de tabagisme chez les femmes.
Ce schéma s'est reproduit dans tous les pays industrialisés
au cours de ce siècle.
* Dans un nombre croissant de
pays moins développés, le tabagisme est lié au mode
de vie cosmopolite et à la société d'abondance. Avec
l'urbanisation, l'augmentation du niveau d'études et de réussite
professionnelle, et l'augmentation du pouvoir d'achat, beaucoup de jeunes
femmes se mettent à fumer.
* Alors que la consommation de
tabac diminue à l'Ouest, l'industrie du tabac, en quête de
nouveaux marchés, investit des sommes considérables dans
des campagnes publicitaires coûteuses, agressives et séduisantes
ciblées sur les femmes et les jeunes filles, jouant sur les idées
d'indépendance, d'émancipation, de séduction et de
minceur. Cette publicité sape les
barrières socioculturelles qui décourageaient l'usage du
tabac chez la femme. Dans de nombreux pays développés, les
jeunes filles ont déjà tendance à fumer davantage
que les garçons.
* Bien que l'industrie du tabac
prétende que la publicité en faveur de la cigarette ne fait
qu'encourager les changements de marque, le lancement d'une cigarette féminine
dans un pays où moins de 2 % des femmes de moins de 40 ans fument
montre bien que l'on vise en réalité à créer
un marché.
* Les recettes publicitaires du
tabac dissuadent les médias de rendre compte des risques liés
au tabagisme. C'est particulièrement vrai dans les pays en développement,
où l'information du public sur les méfaits du tabagisme est
encore limitée, voire inexistante.
* Les programmes d'éducation
sanitaire et de sevrage spécifiquement destinés aux femmes
sont rares et sont principalement axés sur les effets du tabagisme
féminin sur le foetus ou l'enfant. Peu de programmes encouragent
les femmes à cesser de fumer pour leur propre bien.
* Si la proportion actuelle de
fumeuses augmente, ou même si elle reste la même, le nombre
de femmes qui fument augmentera en raison de la croissance démographique.
La population féminine devrait passer, dans les pays en développement,
de 2,1 milliards à l'heure actuelle à 3,5 milliards en 2025.
Les systèmes de santé publique auront du mal à faire
face aux conséquences sanitaires de cette augmentation.
Le tabagisme féminin et
les risques liés au tabagisme passif doivent absolument être
considérés comme un problème sanitaire et social majeur
et faire l'objet d'un véritable consensus.
* Les organisations internationales
(dans le cadre de leurs mandats respectifs), les organisations féminines
et les autres organisations non gouvernementales pourraient être
encouragées à s'attaquer à ce problème.
* Il faudrait effectuer des recherches
sur les effets du tabagisme sur les femmes et sur la façon de prévenir
la consommation de tabac chez les jeunes filles.
* On pourrait constituer des réseaux
féminins aux niveaux local, national et international. Ces réseaux
pourraient aider à élaborer et à mettre en oeuvre
des programmes efficaces de prévention du tabagisme et de sevrage
axés spécifiquement sur les femmes et les jeunes filles.
* En 1990 était constitué
le réseau international des femmes contre le tabac (INWAT), qui
rassemble des femmes d'une soixantaine de pays et vise à réduire
la consommation de tabac chez les femmes et les jeunes filles des pays
développés, et à prévenir la consommation de
tabac à grande échelle dans les pays en développement,
c'est-à-dire à éviter la prochaine vague de l'épidémie
de tabagisme.
Faute de mesures de lutte antitabac
efficaces, les schémas observés dans les pays industrialisés
se répéteront dans le monde en développement.
Le meilleur moyen d'éviter
une épidémie de maladies non transmissibles dans le monde
est de prévenir l'augmentation du tabagisme chez les femmes, en
particulier dans les pays en développement.
Pour plus de renseignements, s'adresser
à Communication pour la Santé et Relations publiques, OMS,
Genève. Téléphone (41 22) 791 2532, télécopie
(41 22) 791 4858.
Tous des communiqués de
presse, aide-mémoire et OMS information peuvent être obtenus
sur Internet à la page d'accueil http://WWW.WHO.ch/.
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